Les Y, génération « exclu »

Les Y représentent désormais un quart de la population de la planète, soit environ 1,7 milliard de personnes, ils commencent tout juste à peser en tant que consommateurs.

Leur pouvoir d’achat augmentera considérablement dans les prochaines années, dans la mesure où l’entrée dans la vie professionnelle n’a cessé d’être retardée.

Mais s’ils ont déjà un impact sur l’évolution de la consommation dans ses modes et ses produits, le milieu du travail tarde à leur offrir un cadre qui les fidélise.

Profondément individualistes


Les Y ont une appréciation de la réussite différente de celle des générations précédentes. Génération « sociale », elle a besoin de rester ancrée dans sa communauté qui la sécurise, mais elle ne s’y noie pas. Elle recherche ce qui lui apporte un avantage individuel, pas nécessairement d’ordre financier, mais de l’exclusivité qui lui permette de considérer que sa démarche d’engagement n’est pas à sens unique. Cela passe certainement par la reconnaissance de l’engagement, mais aussi par l’information ou de la formation exclusive.

D’où vient ce besoin d’exclusivité ?


Les Y ont été principalement élevés par des baby-boomers, ou les plus âgés de al génération X, fascinés par leur progéniture. Ils sont d’ailleurs la génération la plus éduquée de l’histoire et avec l’arrivée des TIC ils révèlent un potentiel plus élevé que leurs aînés. Ils ont intériorisé qu’ils étaient « spéciaux » et capables d’apprendre à leurs parents comme aucune génération auparavant. A ce titre, ils prétendent à plus d’exclusivité aussi, en matière d’expérience, d’opportunités. Ils récusent d’ailleurs volontiers cette catégorisation de « Y » tant ils estiment être autres, à part…

Les millénaires sont ouverts aux opportunités. Ils ont regardé sans envier leurs parents travailler pour d'autres pendant des décennies : eux veulent la liberté d’inventer leur carrière. Un Y a donc aujourd'hui la mobilité et les ressources nécessaires pour créer ce qu'il considère comme la réussite.

Individualistes mais pas solitaires


Les millénaires déterminent leurs projets et tentent de les réaliser à leur manière. Mais, contrairement à la génération précédente, ils ne se lancent pas seuls. Ils construisent des communautés collaboratives où on s’aide, on se « mentore », où on échange et partage des moyens, des expériences. Ils mettent en réseau leurs moyens et soutiennent les autres dans l'espoir que chacun réussisse dans ses projets.

Un rapport à l’argent très lucide


Nombreux sont ceux qui ont vu leurs parents s’endetter pour une maison, une voiture, un rang de consommation... au risque de sacrifier ce qui compte le plus à leurs yeux : famille, harmonie et primauté de l’affect, de l’instinct.

Dans l'ensemble, ils modifient facilement leur rapport à l’argent lorsqu’ils caressent le rêve de la création d’entreprise, ou à préparer une expérience de vie. Ils envisagent facilement de retrouver la frugalité des années d’étudiant.

Quel compromis est-il prêt à consentir dans un emploi ?


Le même que ses aînés, si les valeurs et le projet du Y l’exigent : un logement, un enfant, une passion…

Ils ont vu leurs parents licenciés ou ressentir de la frustration face à un management d'une loyauté parfois discutable. Ils ont aussi compris qu’ils ne feraient plus carrière dans la même entreprise. L’emploi n’apparait plus comme un élément pérenne dans leur vie, mais contingent et incertain. C'est un lieu où l’on doit s’enrichir en gagnant en compétences et en leadership pour être plus protégé par son capital personnel à l’avenir. Ce n'est pas déloyal, mais simplement une adaptation au monde du travail telle qu’ils la ressentent.

Les Y n’ont pas de valeurs différentes de celles des autres générations mais, témoins des difficultés de leurs parents licenciés et subissant un management parfois obscur, ils voient l’emploi comme contingent et transitoire. Beaucoup y perçoivent un compromis pour acquérir de nouvelles compétences et profiter des avantages offerts par l'entreprise. Ce n'est pas déloyal : c'est simplement une adaptation au monde du travail dont ils ont appris qu’ils n’y passeraient plus leur vie.

Faim de leadership ?


Si un Y vous demande une formation, ce n’est pas pour prendre votre place, mais pour explorer les possibles et son potentiel. Comment le captiver ? En rendant l’environnement de travail et son quotidien moins cloisonnés... En proposant des relations plus ouvertes, flexibles, collaboratives... En stimulant l’initiative, en développant les potentiels, en faisant confiance et en l'accompagnant, réellement, sans rhétorique.

Joëlle Brunet-Labbez