La génération Y préfère profiter de sa retraite tout au long de sa vie, quand elle est encore en pleine forme



Télétravail, stages, consulting, freelance, self-employment, création d’entreprise, année sabbatique, congés de conversion...

Les modalités de l’activité pour les Y ne laissent de déconcerter les tenants du "modèle INSEE", tant la frontière entre l’activité et l’inactivité est une sorte de "no man’s land" dont les nouvelles générations s’accommodent assez bien. Pourtant, elle interroge et rend imprévisibles les modalités mais aussi la fin de cette vie active.

En effet, le système français de retraite par répartition a constitué un modèle du travail dont le moule se calcule en heures, en trimestre de cotisation, et qui oblige mécaniquement à « faire » un certain nombre d’années, les statuts d’emploi diversifiant les modes de calcul et de cotisations. Les conditions économiques et sociales tendues des dernières décennies, ainsi que le déséquilibre structurel des caisses sociales, ont rendu ce modèle caduc, voire irréaliste pour les Millenials.

Précarité : même pas peur


La précarité, qui fut longtemps l’apanage des moins diplômés, affecte aujourd’hui tous les niveaux de formation. Mais, pour ces jeunes, elle n’a pas nécessairement la connotation négative qui apparaît de prime abord. La stabilité n'est souhaitable que si elle leur permet de se réaliser pleinement dans leur vie en général, la dimension professionnelle n’en étant qu’un aspect. A défaut, ils organisent eux-mêmes cette précarité.

La retraite libère du temps contraint en offrant les ressources pour ce faire. Mais si on est heureux... pourquoi partir ?

Aussi le chantier de la réforme des retraites - qui devait pérenniser l’équilibre financier de notre système par répartition - n’a pas fini de dérouler d'importantes différences entre les générations quant à la façon de financer ce système et de le mettre en œuvre le moment venu.

Mais d’ailleurs, quel moment ?

Une récente étude de l’Institut GfK pour Groupama montre à quel point les actifs ont une approche de la retraite et de son financement clairement générationnelle, quels que soient leur milieu, leur niveau de formation et de revenu. Les déterminants tiennent au moins autant aux transformations profondes de la société qu’à la nature du système par répartition.

Une vision positive de la retraite


Qu’il s’agisse des X (40-55 ans) ou de Y (20-35 ans), la retraite est une perspective positive pour 6 actifs sur 10, même si pour les deux tiers ses contours sont flous : ils l’imaginent comme réservées à leurs proches, aux voyages et aux loisirs.

Pourtant, nombre d’entre eux envisagent de continuer à travailler. Dans les faits, 63% des actifs de 25 à 55 ans n’ont plus confiance dans le système de retraite. Un Français sur 3 ne sait pas à quel âge il pourra percevoir une retraite à taux plein. Dans la même logique, 63% des Français n'ont pas du tout commencé à préparer leur retraite et 78% se considèrent mal informés.

X : éreintés mais confiants


Les Français de 45 à 55 ans se sentent coincés entre leurs enfants et leurs parents : des enfants qu'il faut soutenir financièrement de plus en plus tard (allongement des études, entrée sur le marché du travail difficile et donc plus tardive...) et des parents dont l'espérance de vie s'allonge.

Ils peuvent difficilement soustraire des ressources à ce futur. De fait, l’étude montre que les 45-55 ans ne sont que 26% à avoir commencé à préparer financièrement leur retraite, et 14% d’un point de vue administratif. De même, 57% n'ont pas de projet envisagé, et une vision plutôt négative d'une vie de retraité qui devient un couperet.

Cependant, ils gardent confiance dans le système par répartition avec 10 points de plus que la moyenne des Français, et dans l’idée de percevoir une pension à la hauteur de leurs attentes (+ 6 points).

Y : sceptiques et prévoyants


Si la retraite arrive en septième position dans le classement de leurs préoccupations, les Y sont tout de même 12% à avoir déjà commencé à épargner : 35% des 18 à 35 ans cherchent à acquérir un logement pour y habiter ou se constituer une épargne, soit plus que la moyenne des Français, qui ne sont que 19% dans ce cas. Sans doute ont-ils grandi avec l’incertitude quant à la vie professionnelle et ont-ils pris l’habitude de la prendre en compte plutôt que la subir. Ils sont 81% à penser qu'ils ne percevront pas une retraite à la hauteur de leurs attentes. 86% se considèrent mal informés sur les démarches à effectuer, tant leurs parcours sont complexes.

"La génération Y préfère, en quelque sorte, profiter de sa retraite tout au long de sa vie, quand elle est encore en pleine forme", conclut l'étude Groupama. Une épargne flexible tout au long d’une vie flexible sur laquelle elle peut compter pour réaliser ses projets...

Pour les plus jeunes, la vie personnelle est au moins aussi importante que la vie professionnelle. Une leçon qui pourrait inspirer, selon l'assureur, les plus âgés. Innover avec les Y, c’est une contrainte au-delà du e-business.